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Dernier article sur le Vaisseau avant la fin du contrat, fin du mois bientôt. Il fallait quand même que je vous parle de ce qui permet à la boîte de tourner, le « coeur du métier » : les enfants.
Ma position de renfort audiovisuel ne me met pas en contact permanent avec eux. C’est plutôt le rôle des animateurs qui préparent des jeux pour eux, et qui les occupent tout le long de leur visite. Mais mes rondes en public pour vérifier qu’il n’y a pas de dégâts matériels ont fait que j’ai pu en voir passer beaucoup.
Les enfants présents sont dans une tranche d’âge allant de 3 à 15 ans, et sont toujours accompagnés d’adultes. Ajoutez à ça un contexte trilingue (français, allemand, anglais) et mélangez le tout. On a alors affaire à deux catégories :
- les familles, avec parents et enfants,
- les groupes scolaires, avec profs et accompagnateurs (souvent parents d’élèves), et une ou plusieurs classes pouvant venir de très loin.
C’est connu, les enfants ça casse tout c’est formidable, c’est d’ailleurs pour ça qu’il faudrait stériliser la moitié de la population que les techniciens font leurs rondes pour vérifier que tout se passe bien, en compagnie des agents de sécurité, appelés toutes les 2 minutes sur le talkie parce que quelque chose déconne…
Toutes les zones ont un franc succès, mais celles qui sortent du lot restent la Machine à Découpe, et le Chantier. La découpeuse permet de fabriquer des emballages en carton en sélectionnant leur forme parmi plusieurs patrons, le tout piloté sur des écrans tactiles. Et ensuite à vous de plier le modèle pour avoir une boîte. Connaissant le caractère versatile des enfants, qui testent et re-testent pour finalement laisser les modèles en l’état, non pliés, ou alors les plier puis les jeter par terre et s’enfuir vers un autre atelier, beaucoup de papier atterrit dans les poubelles à proximité. Ou alors tout près des poubelles (grmbl…), pour les enfants qu’on a tenté en vain de convertir à l’écologie mais qui trouvent – à 5 ans déjà – que « y’a des femmes de ménage là-bas d’toute façon »… Il faut donc régulièrement changer les couteaux et réapprovisionner le bac à papier.
Le Chantier quant à lui accueille des enfants ne dépassant pas une certaine taille – et fatalement un âge limite – pour des raisons de sécurité surtout. Une grue avec un seau, des brouettes sur rails et des briques en mousse à poser sur un châssis de grande maison pour en construire le mur et les toits. Basiquement, c’est ça. Sauf que, nos charmants bambins qui ne ratent pas une occasion de se démarquer nous donnent des sueurs froides. Si un accident arrive, qui est responsable, hein ? Ils trouvent le moyen de grimper au sommet de la maison, 5 bons mètres de hauteur, plus ou moins. Ca n’est peut-être rien mais pour un petit enfant, une chute de cette hauteur n’est pas vraiment conseillée ! Je ne parlerai pas de ceux qui défient les agents de sécurité, qui ne portent pas leur casque, ou qui répondent tellement méchamment que l’envie de donner une bonne baffe démangerait chacun d’entre nous.
Parlons-en, d’autorité. Parce que les enfants restent malgré tout sous la surveillance, soit de leurs parents, soit des accompagnateurs et instituteurs qui en sont responsables lors de leur sortie au Vaisseau. Surveillance toute relative, puisque ce sont parfois les agents de sécurité ou les animateurs qui doivent faire régner l’ordre au sein de chaque atelier, sous le regards hébété des « grands »… Parfois, c’est aux adultes aussi qu’il faudrait en coller une ou deux.
Je le répète, ce n’est pas mon rôle premier au sein du Vaisseau de m’occuper des enfants. Je suis censé m’occuper avant tout de la bonne marche des expos, ensuite du public. L’un ne va pas sans l’autre, s’il n’y a pas de matos pour les activités, il n’y a pas de public, cqfd. Je me souviendrai à vie de cette accompagnatrice qui m’a pris par le bras alors que j’allais réalimenter la Machine à Découpe, en me hurlant de m’occuper de ses enfants, que s’ils étaient pas gentils je devais les calmer, et s’ils se battent ils doivent sortir… Premier constat, au Chantier ses enfants dépassaient largement l’âge autorisé et faisaient peur aux tout petits en balançant des gros morceaux de mousse (qui sont suffisamment denses pour faire mal, quand même)… On a dû se mettre à plusieurs pour lui faire comprendre que c’est elle, avant nous, qui devait avoir de l’autorité sur les enfants qu’elle accompagne, et ne pas attendre que les autres le fassent. Parfois, je vous jure, avant de gérer les enfants, ils faudrait former les accompagnateurs !
Après tout ça on va encore dire que je ne supporte pas les enfants. Faux. Totalement faux. Je suis juste fana de l’ordre. Et heureusement, j’ai aussi côtoyé des enfants « modèles ».
De ceux qui te redonnent le sourire, qui sont polis, éveillés, curieux, que tu as plaisir à aider, à qui tu peux expliquer comment fonctionne tel ou tel atelier et qui te dit un grand merci parce qu’après tout ça ne coûte rien. Ce petit garçon qui est content quand tu lui montres comment fonctionne la pompe à eau pour inonder le village et merci meûssieur. Cette petite fille qui peine à plier sa boîte en carton selon le modèle parce que les explications sur la feuille lui paraissent trop compliquées (c’est vrai que parfois, même nous… ahem ne le dites à personne surtout !). Elle reste là, toute seule, pas un instit pour l’aider, tu vois qu’elle veut absolument finir sa boîte pour la ramener à la maison et dire fièrement à ses parents regarde ce que j’ai fait. Mais elle n’y arrive pas. Alors tu t’assieds à côté. Et tu l’aides. Tu vois, faut plier comme ça. Puis comme ça. On y est presque. Le dernier pli, elle le fait seule, puis elle ferme enfin la boîte avec son prénom dessus. Elle est heureuse. Un timide merci et un beau sourire, ça vaut toutes les fiches de paye du monde !
Même si la plupart du temps on travaille en coulisses, plus encore que d’actualiser le site web du Vaisseau ou de remplacer un élément cassé, c’est ça qui va me manquer une fois le contrat fini : le contact avec les jeunes. Et dire que j’ai même pas le Bafa…
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Suite de mon spoiler du Dialogue dans le Noir… Aujourd’hui, les Guides du parcours.
Ils ont été embauchés spécialement pour cette exposition pour leur acuité visuelle réduite, et leur expérience de ce « handicap »… Si vous venez tester le parcours, par curiosité ou par envie, vous aurez affaire à plusieurs types de personnes…
- Les guides qui voient « normalement », comme vous et moi. Quoique je porte des lunettes, donc si vous avez 10/10 voire plus à chaque oeil sans correction, tant mieux pour vous.
- Les guides qui sont nés aveugles, et donc n’ont jamais perçu le monde qui nous entoure de la même manière que les voyants (rien à voir avec Mme Soleil, hein).
- Les guides qui sont devenus aveugles, suite à un accident par exemple, ou une maladie qui a évolué malheureusement en ce sens.
- Les guides qui voient très peu suite à une maladie de l’oeil, mais ne sont pas aveugles pour autant.
Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques et vous faire un traité d’ophtalmologie, je ne suis pas là pour ça et j’en serais bien incapable (quoique, j’en ai mangé, de la doc là-dessus). Et je ne vais pas non plus prendre des pincettes et appeler un aveugle un « non-voyant » et quelqu’un qui voit mal un « malvoyant ». Le politiquement correct me sort parfois par les trous de nez et la diplomatie est par moments plus gênante que le franc parler, à vrai dire. Et lorsque les Guides vous disent qu’ils s’en fichent aussi, alors là inutile de prendre des gants, restons naturels !
Il leur manque peut-être tout ou partie d’un de nos 5 sens, la vue, ça n’en fait pas moins des gens tout-à-fait respectables, et capables des mêmes choses que nous, voire plus. Bien plus que de la sympathie, j’ai un énorme respect pour les aveugles.
A défaut de voir, ils vous entendent arriver de loin, ils vous sentent, et ce sont des êtres très tactiles. Lors des premiers contacts, ce côté tactile peut paraître très surprenant, justement. D’autant plus quand une guide qu’on adore vous accueille dans le Cocon à chaque fois en vous serrant fort dans ses bras. Agathe, si un jour tu me lis !
** soyez pas jaloux, les autres, voyons… **
Testons-les… Tu viens vers eux, sans rien dire. Tu souris, ils ne t’ont pas vu. Haha. Tu passes à côté, toujours en silence, en espérant esquiver le dialogue. Et là… « Marchiavel, tu fais quoi ? » Non seulement ils m’entendent arriver, mais ils sont capables de me reconnaître par mon odeur – on en a tous une – mais aussi par mes déplacements dans l’espace. Ils ont une « vision » totalement différente des voyants, qui est à mon avis bien plus précise qu’on ne le croit. De vrais sonars ambulants. Une image mentale, qu’on appelle ça. Et contrairement à tous ces films larmoyants, je ne me suis encore jamais fait tripoter le visage par une « malvoyante » pour qu’elle puisse me voir… Euh, hé attends une minute là… Agathe, viens ici !
Plus sérieusement, comment ils font ? Dans la rue, ils se guident principalement aux sons. Les voix et les bruits que vous entendez en traversant certains passages piétons, c’est pas juste pour le fun. Et les malvoyants ont à leur disposition une armada de matériel spécifique, allant des loupes grossissantes aux dispositifs de reconnaissance vocale, claviers virtuels, dispositifs de lecture ligne par ligne Braille, etc. Assez impressionnant à voir fonctionner quand on n’a pas l’habitude. L’informatique leur a grandement facilité les choses, et c’est très bien.
Depuis que je cotoie des aveugles, et de mon point de vue d’intégrateur web, je ne vois plus du tout les critères d’accessibilité des sites web de la même façon. Pour les développeurs, c’est un gadget chiant à coder, pour eux c’est un gadget dont ils ont finalement bien besoin.

Et tant que j’y suis, ne ratez pas le spectacle « Louis, l’enfant de lumière » depuis le 8 juillet jusqu’au 26 juillet prochain dans l’Auditorium, l’histoire de Louis Braille.
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Suite aux expositions permanentes, je vous présente ici les expositions temporaires, qui comme leur nom l’indique, sont… temporaires.
Je commence avec le concept « 1, 2, 3, couleurs ! » qui consiste à reconnaître une couleur dans l’obscurité, en développant ses autres sens et son imagination, en fonction d’odeurs, d’arômes, de textures et d’ambiances sonores. Genre je tripote un objet et je peux dire qu’il est vert. C’est pas bête du tout. Tout un programme…

Autre activité à tester ne serait-ce qu’une fois, pour délirer, Dîner dans le noir. A essayer du 21 juin 2008 au 31 août 2008, les deux premiers vendredis de chaque mois, de 19h à 22h. Pour 55 euros. Certes, c’est cher (quoique, tout est relatif). Mais ça vaut le coup. Ne vous est-il jamais arrivé d’avoir une panne de courant, et comme par hasard plus de bougies sous la main en plein milieu du dîner ? Là, c’est pareil, sauf que c’est voulu, et vous ne pourrez pas vous éclairer à la lueur de vos portables… Noir, c’est noir il n’y a plus d’espoir. Et sincèrement, pour l’avoir vécu de l’intérieur en compagnie de clients affamés et curieux, personne n’a été déçu. Surtout que le repas était copieux, et haut de gamme.
Mais l’activité qui fait fureur depuis le 22 avril déjà (et qui se finira malheureusement le 8 mars 2009, sauf prolongation, on ne sait jamais) s’intitule « Dialogue dans le noir », ou « DDN » pour les intimes. Il s’agit là d’un concept créé en 1988 en Allemagne par le Dr Andreas Heinecke, pour rapprocher les visiteurs du monde du handicap visuel. Au Vaisseau, vous aurez affaire à un espace de 500 m² dont 400 m² à traverser dans le noir ab-so-lu.
** Attention, SPOILER, cliquez ici à vos risques et périls **
Munis de votre billet, seul, en couple, ou avec toute votre classe, vous pénétrez dans une zone sombre, avec un éclairage volontairement minimaliste. Des guides non-voyants (ou malvoyants, nous verrons ça dans un prochain article) vous accueillent dans le « Cocon ». Devant vous, d’étranges caisses noires montées sur tables. A votre gauche, un coin audiovision avec des casques et un grand écran. Et au fond, évidemment, l’atelier Braille.
Pour vous préparer à l’obscurité, un Passeur vous accueillera par groupes de 8 et vous expliquera les bases du comportement que vous devrez adopter une fois dans le noir. Ne croyez pas que c’est évident, c’est toute une gymnastique mentale. Les Passeurs et les Guides ne voient pas, ou plus, ou très peu. Ils s’y sont habitués. Vous, vous devrez vous passer du seul sens dont vous vous serviez en permanence sans même vous en rendre compte…
Il passera le relais à un Guide qui sera votre seul espoir de survie pendant près d’une heure dans le noir complet… Bon ok, je dramatise, c’est pas Koh-Lanta. C’est bien mieux ! Pendant une heure qui va vous sembler une éternité, vous écouterez le guide, une main collée à votre canne et l’autre à tenter de rester scotchés aux murs pour ne surtout pas vous perdre. Vous traverserez 5 salles simulant des univers du quotidien grâce aux objets, sons et odeurs : une forêt, un bateau, un marché, une ville, pour finir dans un bar.
Dans ce bar, vous pourrez commander à boire ou à manger, mais ne tentez pas d’arnaquer le Barman avec vos jetons de supermarché ou des faux billets, ils ont les moyens de vous faire parler de vérifier tout ça, même dans l’obscurité !
Et vous finirez la visite dans l’espace du « Ressenti », pour discuter avec le Guide et lui livrer vos impressions. Attention toutefois à ne pas se précipiter sur la sortie dès que vous apercevez le premier rayon de lumière, allez y progressivement, ça peut être très violent pour les yeux.
En tant que technicos, j’ai dû rechercher tous les trous dans le bâti qui pouvaient laisser entrer le moindre rayon de lumière – ce qui gâcherait tout évidemment -, régler des problèmes mineurs de sonorisation (parce que mine de rien, comme on dit « Y’a du matos là d’dans ! »), et rechercher à la hâte des gens mal à l’aise au bout de plusieurs virages sombres. Et je peux vous affirmer que, de m’être faufilé parfois au milieu des groupes de visiteurs pour écouter leurs réactions à chaud, un tel parcours rend les gens… humbles. Sauf évidemment les sales gosses qui ne pensent qu’à une chose, trouver la sortie le plus vite possible à peine rentrés dans le sas, m’enfin… Ca calme les gens, ça les rend plus respectueux des autres, je trouve.
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