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A toi, Mistinguette. Ma Mimi.

1994. J’avais 10 ans quand la voisine, ma troisième « mémé », tenait dans ses bras une frêle petite chose blanche et brune, fruit de la portée de la chatte d’un village voisin. Mais je ne m’imaginai pas que l’arrivée de ce petit bout allait changer mon quotidien pour plus d’une décennie.

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Adoptée dans le seul but, aux dires de mes voisins, de chasser les oiseaux qui picoraient sur les arbres fruitiers du grand jardin. Toute jeunette, Mimi s’en fichait royalement, des oiseaux ! Elle s’attaquait plutôt aux bestioles terrestres, voire rampantes… En grandissant, elle commençait enfin à s’intéresser aux oiseaux, et dès le premier en bouche, se faisait gronder par ses maîtres. Faudrait savoir ! Depuis ce jour, elle attrapait en cachette les moins agiles d’entre eux et les ramenait dans notre jardin… Vivants. Rien de plus qu’un jeu pour elle ! Idem pour les rares souris malchanceuses… De grands moments de rigolade.

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Au fil du temps, Mimi avait trouvé chez nous sa deuxième maison – ou sa nouvelle résidence principale ? – aménagée progressivement pour elle, de la cuisine au salon, jusqu’aux chambres à coucher. Une vie de pa-chat ! Double dose de caresses, son restau perso chez les voisins et chez nous, ses coins literie personnels, ses fauteuils, tapis et couvertures réservés, ses voitures à escalader… De looongues journées de sommeil et de ronronnements, et la nuit venue, partait explorer le voisinage. Parfois même sans prévenir. Un jour qu’elle était partie si loin de la maison, on a dû la chercher pendant près de 2 jours avant de s’apercevoir… qu’elle s’était fait des amis dans le quartier, la coquine ! Une bande de tous jeunes et gentils matous dont quelques uns vivent toujours dans des maisons proches aujourd’hui.

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A force de sortir la nuit, et s’apercevant que les voisins dorment, eux, et donc ne lui ouvrent pas la porte à n’importe quelle heure, Mimi avait trouvé le truc : plutôt que de se réfugier dans le poulailler des voisins et dormir sur la paille réservée aux poules (qui devaient bien faire la gueule !), elle venait gratter chez nous pour dormir dans un lit bien plus accueillant… Et on lui ouvrait. Bien sûr qu’elle prenait toute la place sur le lit, mais que voulez-vous, quand princesse Mimi arrivait, on se poussait ! Ses ronronnements étaient tellement agréables !

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En bonne cascadeuse qu’elle était, Mimi essayait toutes les entrées et sorties possibles, autant chez nous que chez mes voisins. Je n’oublierai jamais, mais alors jamais ce dimanche matin où un cri avait déchiré le silence du jour.
Je devais avoir 14 ans, pas loin. Les voisins étaient en chemin pour l’église. On venait tout juste de se lever, et ces cris continuaient. La fenêtre de la cuisine donnait sur celle de la cuisine des voisins. Un rapide coup d’œil, et j’avais compris. Notre cascadeuse s’était laissé enfermer dans la maison voisine et voulait sortir coûte que coûte, pour laisser parler dame Nature… et s’était donc retrouvée coincée dans l’entrebâillement de la fenêtre basculée, voyez-vous ça.
A près de 3 mètres du sol. Ouh putain je crois que j’ai jamais réagi aussi vite que ce jour-là. Prévenu papa, enfilé mes fringues, et couru chercher les voisins pour qu’ils nous donnent les clés de la maison, pour rentrer et décoincer Mimi de là. Pendant ce temps, avec une échelle, papa essayait de soulever notre cascadeuse qui n’en pouvait plus et hurlait, mais peine perdue. L’espace ouvert de la fenêtre était trop étroit. Les voisins n’étaient pas arrivés à l’église – heureux soit un autre voisin plus que bavard qui les avait retenus en chemin – et je cours vers eux en hurlant les clés, les clés, le chat est coincé dans la fenêtre ! Une minute plus tard, je reviens avec les clés, je rentre, tente d’ouvrir doucement la fenêtre mais évidemment ces vieilles fenêtres ne s’ouvrent qu’en entier, ou en bascule, pas les deux combinés. Finalement, Mimi a été soulevée à deux, moi de l’intérieur et papa de dehors. Quelques griffures et grosses frayeurs plus tard, la miss se léchait le ventre douloureux sur le sol, en nous regardant d’un drôle d’air. Ouf !

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Ah Mistinguette. Tu nous en auras fait faire, des choses…

Depuis la fin décembre 2004, le silence pesant de la maison n’est plus brisé par les miaulements de Mistinguette. 11 ans de complicité et de bonheur qui me manquent terriblement aujourd’hui. Plus de silhouette qui attend devant la porte d’entrée qu’on lui ouvre, et qui n’hésite pas à gratter fort pour qu’on la laisse entrer… Plus de miaulement qui signifie j’ai faim remplis mon assiette. De claquement de cette assiette sur le sol pendant un bon gros repas… Plus de chamailleries, de griffures, d’emballages déchiquetés, de course dans la maison. Plus de langue râpeuse au creux de la main. De petit nez humide qui me chatouille… Plus de petits pas sourds qui arrivent jusque dans la chambre. De boule de poils qui grimpe sur le lit. De grasse matinée en ta compagnie. De soirées télé sur mes genoux… Et tant d’autres choses !

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Je n’oublierai jamais la dernière nuit passée sur mon lit, à respirer si difficilement, en cherchant toutes les caresses possibles, jusqu’à la fin. Il ne me reste d’elle que des jouets, des poils sur les couvertures, le papier peint plein de griffures, le son de son miaulement unique, des dizaines de photos et souvenirs.

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Mes amis qui ont vécu ça m’ont toujours dit d’en adopter un autre pour combler le manque, mais je n’ai pas pu. Elle avait beau « appartenir » sur les papiers à mes voisins, c’était Ma Mimi. Tellement attaché que je n’en ai jamais voulu d’autre qui allait la remplacer. C’était comme commettre une infidélité, en quelque sorte. Comme si, en ayant ce nouveau chat sous les yeux, j’allais penser à Mimi en permanence. Même en voyant les chats des voisins qui ont perdu leur chemin et flânent dans la cour, je pense à elle. C’est normal, me direz-vous.

Et au final, plus on y pense, plus on est triste de n’avoir plus aucun ronronnement qui titille les oreilles, aucun chat qui veuille bien nous accepter. Oui, ce n’est pas nous qui acceptons les chats, ce sont les chats qui nous acceptent… Depuis peu, comme un signe, Mimi m’a envoyé un des jeunes matous qu’elle avait rencontrés dans le quartier, il y a bien longtemps de ça. S’ils étaient tous les deux dans le jardin, on pouvait assister à des bagarres surprenantes. Plus de dos hérissés que de griffures, m’enfin… Elle protégeait son territoire !

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Il a grandi, un beau male noir avec le bout des pattes blanc et les yeux verts. Se demandant aujourd’hui encore où est passée Mimi, puisque personne ne vient l’embêter ici. Bah il a repris le territoire de la princesse, sa place dans le sable, ses pots de fleurs, ses rebords de fenêtre… Mais difficile de l’amadouer celui-là. J’ai dû réussir à le porter une seule fois, en le prenant par surprise, le bougre ! Il se plante devant la fenêtre, laisse une main s’approcher, et la mord ou la griffe… Mais dès qu’on veut le caresser, monsieur s’enfuit. Courageux, mais pas téméraire ! Je finirai bien par me faire accepter un jour, nom d’un M@rchiavel ! Et peut-être que j’irai adopter un nouveau minet pour lui faire un copain de jeu, comme Mimi avait su le trouver, lui.

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Qui vivra, verra.

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