MegaUpload n’est plus.

Jeudi 19 janvier, 22 heures et des brouettes. Un petit tour sur le trône pour un petit pissou et sur les actus Google, pendant la page de pub traditionnelle de TF1 gâchant l’épisode d’Interpol en cours… En tête de gondole : le FBI a fait fermer MegaUpload. Ah.

fermeture de Megaupload

Titre suivi d’autres articles à propos de la réplique des Anonymous – les guignols masqués – qui bloquent en guise de « représailles » les sites du FBI, du Ministère de la justice US, d’Universal et de la Hadopi. Entre autres. « Bloquage » effectué selon la sacrosainte technique de l’empilement de tables et de chaises à l’entrée de la fac du DDoS, qui consiste à inonder un site web avec un maximum de requêtes, de façon à ce que les serveurs qui l’hébergent ne tiennent plus la charge et ne permettent plus l’accès public au site, aussi longtemps qu’ils seront attaqués.

Pour vulgariser encore un peu ce charabia et expliquer comment de tels sites ont pu être bloqués – celui du FBI, quand même : ces mecs qui veulent nous faire croire qu’ils causent aux extraterrestres ! – disons que c’est comme si votre boîte à lettres se remplissait soudain de milliers de torchons publicitaires à un rythme fou et que vous ne puissiez pas accéder à la seule lettre qui vous intéresse au fond de la boîte, malgré vos tentatives de balancer le reste à la poubelle au fur et à mesure.

Le plus cocasse étant que ce ne sont pas uniquement les Anonymous qui ont contribué à ces blocages. Ils ont réussi leur coup grâce aux millions de moutons d’internautes qui se sont refilés une URL permettant de le faire d’un simple clic, de manière tout à fait consciente… Lien qui a bien évidemment transité par Facebook, sinon ça serait moins drôle.

C’est vicelard, mais bon…

Je n’ai pas sauté au plafond comme Nicolas Sarkozy. Ça m’a étonné, mais sans plus, contrairement à tous les commentaires que j’ai pu lire ça et là de nerds au bord du suicide en apprenant la nouvelle, et autres zorros du net qui ne peuvent s’empêcher de faire des phrases encore plus longues que les miennes comprenant au moins trois fois les mots « liberté », « culture », « partage » et « majors », avec plein d’insultes autour à destination de ceux qui ont applaudi la fermeture de ce robinet magique d’où coulaient sans interruption les épisodes de leurs séries US favorites. Depuis le temps que ça pendait au nez de MU, cette fermeture est peut-être une bonne chose.

Son fondateur Kim Dotcom qu’on ne présente plus tellement il en impose, s’est rempli les poches pour s’acheter la plus vaste propriété de Nouvelle-Zélande – voitures incluses – et s’est goinfré sur le dos de ses abonnés, et des ayants-droit (statut discutable, on pourrait y passer la nuit…) des oeuvres qui forment cette « culture » que les nouveaux anti-FBI chérissent tant. Malgré le contexte PIPA (non, pas Middleton…) et SOPA aux Etats-Unis, c’est uniquement à cause du business du gros que la plateforme a été fermée… Et je ne comprends toujours pas que les Anonymous aient plongé pour tenter de sauver le joujou à fric d’un tel escroc…

Dur réveil pour ces con-sommateurs persuadés que parce que le téléchargement est devenu aussi banal que de se gratter les couilles au saut du lit (pardon les filles…), tout est à portée de main gratis sur le net, et que le « piratage » c’est la routine. Le public pirate donc les créatifs parce qu’il les aime… et n’a aucun mal à dire qu’il préfère les « voler » au lieu de payer… On peut comprendre que ça énerve : si demain je veux vendre le film que j’ai mis des mois à tourner, mais qu’il se retrouve téléchargé en masse sur un clone de MU parce qu’un petit malin l’aura recodé et « partagé » sans me payer, je verrai rouge aussi. Et si on en croit cet article, ce petit malin ne risque rien…

Oui, le pognon est encore le nerf de la guerre. Licence globale, mécénat global, beaucoup de projets et peu d’actions concrètes, vaste débat. Mais quelque chose cloche quand même dans la mentalité actuelle qui consiste à croire qu’on peut se servir impunément sur le net sous prétexte que c’est disponible ! D’autant plus que – puisqu’on parle pognon et séries US – j’en connais qui ne voudront jamais acheter un épisode en VOD malgré des tarifs très abordables – faut pas charrier ! – et préféreront télécharger sur une plateforme de partage après s’être tout de même acquittés d’un abonnement annuel équivalent leur permettant un téléchargement plus rapide et autres privilèges attrape-gogo ! Cherchez l’erreur.

Malgré tout, je reste hostile à toute sanction à l’encontre de l’internaute gaulé en train de télécharger « illégalement »… Il faut se concentrer sur les sources du problème ! Au lieu de s’attaquer aux plateformes de partage encore en activité, il faudrait s’attaquer à ceux qui uploadent les contenus piratés sur les serveurs, comme le « petit malin » de tout à l’heure… Et en profiter pour éduquer l’internaute à ne pas mettre à disposition n’importe quel fichier, et à ne pas télécharger n’importe lequel juste parce qu’il se trouve à portée… Un statut Facebook disait joliment : « La réponse est dans l’éducation à l’usage, pas dans la répression bête et méchante. »

Mais là encore, si les utilisateurs que vous êtes – je dirais volontiers « que nous sommes », mais je n’ai aucune envie de m’inclure parmi ceux qui se vantent de télécharger chaque jour plusieurs gigas de musiques non « libres », de films rippés ou de séries récentes (en dévoilant au passage les intrigues qui ne sont pas encore rédigées sur Wikipédia…) – ne comprenez pas que le piratage n’est pas une fin en soi, tant pis ! Tant pis pour ces hippies qui trollent sur la défense de la culture, et les naïfs de service qui croient encore qu’internet est un free hug permanent.

Comme sur toutes les plateformes de partage qui ont existé, le problème est que ça a fini par déraper… « Où que tu sois il y aura toujours un connard ». La nouvelle génération de geeks croit (à tort) qu’on peut partager tout et n’importe quoi sur le net pour en faire profiter les autres. C’est gentil, ça part d’un bon sentiment, mais c’est pas comme ça que ça marche ! Les fichiers qui ont vocation à être vendus n’ont rien à fiche sur une plateforme de partage libre, point. Ce partage à outrance va finir par tuer le « partage », et là on l’aura tous dans l’os !

Qu’on s’indigne de la fermeture d’une plateforme de partage, je suis d’accord ! D’autant plus si on y hébergeait des données « personnelles » qu’on n’est pas près de revoir… Mais sans vouloir abuser, ces gens étaient-ils vraiment les plus nombreux ? J’en connais plus autour de moi qui ont déjà « cracké un toshop », qui « veulent voir la suite de Desperate », ou qui y ont « trouvé la discographie intégrale de machin » qu’autre chose… Les contenus partagés n’étaient pas spécialement des photos de vacances chez mémé ou la dernière présentation powerpoint de la réunion d’hier soir…

Après quoi je lis un raisonnement par analogie : « Si 90% des couteaux étaient utilisés pour couper les gens en deux, on interdirait les couteaux, non ? » J’aurais pu comparer ça aux risques du nucléaire qui reste pourtant notre source d’énergie majoritaire, mais ça faisait hors sujet… Ce n’est pas l’utilisation première d’un couteau, de découper les gens. Si un mec coupe un autre en deux avec cette arme, personne ne fera une loi anti-couteaux, mais le mec sera puni et je ne pense pas qu’on verra d’un bon oeil qu’il l’utilise à nouveau… C’est la triste histoire de MU.

Et moi dans tout ça, avec ma gueule d’ange ?

pirate des Miaouraïbes
Feue Maboule surveillant ma montagne de DVD…

En vérité, tout comme vous – oui même toi au fond – je suis un pirate. J’étais un visiteur plus que régulier de MU (entre autres…) pour avancer sur une demi-douzaine de séries US qui tardent à débarquer en France. Mais je maintiens que la fermeture du truc ne me choque absolument pas ! Revenons-en aux fondamentaux : à quoi servait MegaUpload ? A héberger des fichiers pour les partager avec d’autres via un compte utilisateur/abonné payant. Et à aller chercher ces fichiers en suivant un lien, qu’on dispose d’un compte ou pas (la différence étant la vitesse et la capacité de téléchargement).

On – et cette fois je m’inclus dans le « on » – se servait chez MU (et on continuera de se servir ailleurs…) en toute impunité. Hahahadopi, j’attends toujours une lettre de menace de sanction en recommandé… On le fait parce qu’on ne veut pas patienter 2 ans que nos chaînes se décident à importer la suite de la série qui nous intéressait au lieu d’en commencer 15 autres dont tout le monde se fout, parce que les coffrets DVD tardent à sortir, ou parce que les épisodes disponibles en streaming sur les sites des chaînes étrangères sont restreints géographiquement (en théorie, ahem). Voilà où ça coince…

MegaUpload n’est plus ? Au suivant ! Tant pis, « So long, and thanks for all the fish! » De toute manière, et c’est valable pour tout, plus tu mets d’obstacles, plus ils vont être contournés… Ça sera juste l’occasion d’inaugurer une nouvelle façon de partager plus « underground » encore, pour pas changer ! Mais alors les attaques DDoS par ceux qui se réclament d’Anonymous… arrêtez de me faire rire, je suis bien parti pour être du même avis que Christophe Barbier… C’est pas en entamant une énième cyberguerre pour bloquer quelques machines symboliques que les choses vont s’arranger.

« Il est beaucoup plus important de sanctionner un responsable, que de sanctionner quelqu’un qui a moins de raisons d’être exemplaire. » C’est le jeu, il fallait que je place cet extrait d’interview de Jacques Chirac… du 12/12/1996.

Tout ça me choque beaucoup moins que la fermeture et l’amende infligée à Wizzgo en 2008 (souvenez-vous ici…), alors que c’était un fantastique magnétoscope numérique en ligne français qui permettait d’enregistrer les chaînes de la TNT à la volée, en fournissant le fichier vidéo demandé, et un guide des programmes aux petits oignons. Bref, la dématérialisation de nos magnétoscopes de salon. Qui font pourtant exactement la même chose, la seule différence étant qu’ils ne passent pas par le net…

Ou plus récemment la SACEM qui s’est rappelée au bon souvenir de CoucouCircus en obligeant le proprio à rémunérer les ayant-droits après des années sans emmerdes à faire un inventaire hallucinant de génériques oubliés, travail félicité par tous les artistes (y compris l’indémodable Bernard Minet) ! Le voilà forcé à proposer des abonnements aux internautes s’ils veulent écouter les génériques de leur enfance… C’est ballot… on ira les chercher sur d’autres plateformes : YouTube ou Dailymotion pour ne citer que ça… L’essentiel s’y trouve déjà, son et image en prime…

Bilan : Bien fait pour Kim Schmitz et ses potes… mais chassez une plateforme, une autre revient au galop. Fausse bonne idée.

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