
J’aime Noël pour ses illuminations, ses kilomètres de guirlandes électriques qui consomment des pelletées de gigawatts dans les avenues principales, alors que dans ma rue le reste de l’année sont pas foutus d’allumer automatiquement les lampadaires tous les 20 mètres une fois que la nuit tombe. Après quoi on nous rappelle gentiment de ne pas laisser nos téléviseurs ou ordinateurs en veille, pour le bien de la planète…
J’aime Noël et sa musique, ses cassettes de Tino Rossi qui tournent en boucle jusqu’à nous faire détester le personnage, les carillons qui tintent à nous en percer les oreilles, la radio à fond qui diffuse l’intégrale des chants de Noël en continu, les jingles pub qui s’adaptent tant bien que mal, surtout mal…
J’aime marcher dans les rues aux alentours de Noël pour profiter de la folle ambiance qui règne sur les marchés, de ces milliers de gens qui vont sans regarder devant soi et te foncent dessus, des journalistes qui t’interviewent pour te demander ce que tu penses de Noël et toi qui réponds faussement ah j’adore parce que tu risques de passer à la télé, faudrait pas titiller l’humeur générale…
J’aime constater que tout le monde semble heureux en cette période festive, même ceux qui restent à genoux dans le froid avec une pancarte et une couverture, dans le meilleur des cas un bonnet et une bouteille de vinasse, et qui tendent gaiment la main dans l’espoir d’une piécette… Si c’est pas malheureux ça…
J’aime voir les gens qui se rendent utiles en cette période, comme le gars de l’armée du salut qui se les gèle en attendant qu’on veuille bien vider nos poches dans son chapeau, ou les Père-Noël qui font ho-ho-ho et terrorisent les bébés, barbus surgonflés si nombreux que je ne comprends toujours pas pourquoi les petits enfants croient encore au Père-Noël unique, mais si tu sais le meûssieur tout rouge avec la grande barbe et les rennes qui habite au pôle Nord, même que je lui ai écrit une lettre…
J’aime allumer la télévision à Noël, voir des programmes rediffusés à peine une vingtaine de fois sur le petit écran, l’intégrale de James Bond, les séries sentimentales américaines vues et revues, la série complète des Macauley Culkin et Leslie Nielsen, un peu de Louis de Funès, des dessins animés et les best-of du best-of du best-of, spécial humour tellement drôle que j’en ris déjà plus. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant avec les chaînes supplémentaires de la TNT (oui on l’a aussi à la maison, depuis peu…).
J’aime manger à Noël, parce qu’il y a systématiquement des huîtres, du foie gras et du Dom Perignon 57… Bon ok c’est pas vrai, on a fait simple. Mais une bonne soupe bien chaude m’aurait suffi, vu la froidure dehors. J’idôlâtre aussi les associations de bénévoles et autres centres d’accueil qui offrent à des gens dans le besoin – et à d’autres qui profitent parce qu’ils ont vu de la lumière alors ils sont rentrés, forcément – une soirée mémorable avec foie gras et champagne alors que le reste de l’année il n’en ont rien à fiche les bénévoles, ben voui c’est Noël la télé est là faut faire bonne impression tiens, et le lendemain on les foutra dehors à nouveau sans rien.
J’aime recevoir des dizaines de cartes postales à Noël, et des cartes virtuelles parce que ma foi c’est plus simple et puis c’est l’intention qui compte hein, et des mails avec un message tout prêt joliment écrit quand il n’est pas en staïle wesh-sms balancé sans ménagement à la totalité du carnet d’adresse de son expéditeur. Le truc c’est qu’il faudra bien y répondre, bah on fera coup double avec Nouvel An…
J’aime par dessus tout Noël pour son côté religieux, pour le message originel que cette célébration évoque j’en suis sûr au plus profond de chacun d’entre nous, chrétiens, n’est-ce pas, on n’attend pas le soir du 24 décembre uniquement pour déballer les cadeaux, non, non… C’est évident, on attend le 24 décembre pour… dévorer le dernier chocolat planqué derrière sa fenêtre du calendrier de l’Avent !
Bref, j’aime Noël.