Il y a des choses bien plus importantes dans la vie que le mariage de deux privilégiés élevés aux mushy peas ; que la béatification d’un homme face à quelques milliards d’autres ; que le vêlage programmé de la chanteuse la plus inaudible de France ; que les écolos réclamant l’arrêt des centrales nucléaires sans proposer d’alternative sérieuse ; et que la mort présumée du terroriste enturbanné le plus célèbre du monde arabe qui a dû bénéficier d’un tarif préférentiel sur la dernière version d’Adobe Photoshop.
Aujourd’hui, parlons des DNA. Non, je ne vais pas faire l’inventaire de toutes les coquilles quasi-quotidiennes que j’y relève – orthographe, grammaire, mots qui manquent… – me retenant de les appeler en mordant très fort dans le premier coussin qui passe. Nous allons plutôt nous concentrer sur une de leurs rubriques qui prétend s’adresser à de jeunes enfants, mais qui à mon humble avis n’est lue que par leurs parents… Revenons donc à l’édition du mercredi 4 mai 2011, et tournons les pages pour arriver au « coin des petits curieux ».
C’est coloré, « choliment beau » comme on dit par ici, la mise en page est sympa et attire l’oeil des jeunes comme des vieux, mais le contenu de cette semaine… mon dieu qu’il est niais. Et bourré de clichés. Et niais. Ah je l’ai déjà dit ?
Le sujet abordé ce mercredi était « 10 jours sans écran ». Je cite l’encart :
Du 10 au 19 mai, 553 enfants de Strasbourg vont réaliser le défi « Dix jours sans écran » : deux écoles élémentaires (Fischart et Karine), et les grandes sections d’une maternelle (Fischart). Dix autres écoles et un collège en France feront le jeu en même temps. C’est l’association Eco-Conseil, à Strasbourg, qui a imaginé ce défi. La première édition, il y a trois mois, avait attiré toutes les télés venues filmer les enfants se passant de télé. Un comble !
Pour jouer, les dix jours ont été découpés en tranches horaires. Chaque tranche non passée devant un écran rapporte des points. Chaque jour, dans les classes, on additionne tous les points gagnés. A la fin du défi, on calculera les points collectés par rapport au maximum possible et ça donnera un pourcentage de temps gagné sur les écrans.
Mouais. 553 enfants, 10 jours. Ni plus, ni moins. Pour des enfants de moins de 12 ans, donc. Idée rigolote, mais sans plus. C’est à peu près le même genre de défi que « éteins toutes les lumières chez toi pendant une heure pour sauver la Terre » ou « évite de faire du Morse avec la lampe du salon pour communiquer avec les voisins de l’immeuble d’en face »…
En lisant, j’imaginais déjà ces jeunes, lisant eux aussi ce curieux coin des petits dans les DNA… Heureusement que c’est différent chaque semaine, et que j’aime bien lire cette rubrique d’habitude. Mais là… L’idée est louable, ce n’est pas la question. Puis, vous allez probablement me traiter de vieux con, mais je n’ai pas le souvenir d’avoir lu de pareilles choses pendant mes années de primaire et de collège, pendant les rallyes-lecture ou dans les énoncés des problèmes des cahiers de vacances que je devais me farcir l’été… Et j’ai une très bonne mémoire, croyez-moi.
Je ne peux pas vous copier-coller l’intégralité des paragraphes en question, pour éviter de me prendre un procès au derrière, on sait jamais. On va donc y aller par extraits… La rédactrice écrit dans un style qui fleure bon le journal intime. La première phrase nous fait penser que c’est elle qui va nous expliquer le pourquoi du comment, et paf ! En fait non. Elle écrit en se mettant à la place de l’un de ces pauvres élèves qui va devoir abandonner tout pixel actif pendant 10 jours.
Non, non, je vous voir venir. Il ne s’agit vraiment pas d’un de ces élèves qui aurait eu la chance de publier sa prose dans ces colonnes, nous détaillant sa prochaine semaine d’angoisse. Il aurait eu le droit de signer de son propre nom, j’en connais qui ont crié au plagiat pour moins que ça ! C’est donc bien la rédactrice qui s’y colle, tentant de retrouver ses talents d’écrivaine de pour faire genre quand elle avait douze ans. Pile poil l’année de ma naissance, dis donc.
Allez, on commence. « La maîtresse nous a fait réfléchir à tout ce qu’on regarde : souvent ce sont des programmes pas vraiment pour les enfants. Les pubs, aussi, nous farcissent la tête de fausses idées. » J’aurais adoré qu’elle nous explique ce qu’elle entend par « pas vraiment pour les enfants », parce que, allez savoir pourquoi, je sens poindre ici comme un air de Marie-Ségolène parlant des japoniaiseries à la glorieuse époque du Club Dorothée. Dont tout membre de la génération 80/90 est devenu nostalgique, oui même toi là-bas au fond…
Bon, concernant les pubs, je veux bien croire qu’en dessous de 12 ans, l’esprit soit malléable, et qu’une publicité puisse choquer durablement. Mais rien ne force qui que ce soit à rester vissé dans le canap’ au moment des réclames ! Le problème n’est pas qu’elles nous farcissent la tête de fausses idées – le but d’une pub étant de vendre même la merde la plus infâme – mais bien qu’elles deviennent de plus en plus débiles. Dernièrement, pour ne citer que ça : la nouvelle pub Pulco Citronelle mettant en scène des bimbos qui se trémoussent dans un désert avec un désagréable accent anglais, ou les pubs Peugeot 2011, obligées de faire chanter et danser une famille autour d’un véhicule comme s’il allait démarrer plus vite… Et Cerise de Groupama version 2011 a encore changé de tête, mais pas de robe. Sans oublier que si vous n’avez pas un iPhone, vous n’avez pas un iPhone… Non sérieusement, pendant les pubs : allez pisser, c’est fait pour !
« La télé, quand elle est allumée, on ne peut plus l’éteindre. » Si encore le téléviseur datait d’avant l’invention de la télécommande, et que les « zombies » qui se trouvent devant avaient une flemme immense de se bouger le cul pour aller tourner le bouton sur Off, pourquoi pas… Mais le fait est que la Génération Y est née avec une zapette dans la main, et l’éteindre est d’autant plus facile. Même si on reste scotché au cuir du canapé par une chaleur étouffante, et que le moindre mouvement provoque un bruit de succion dégueulasse.
Puis vient la prose sur les parents. Ah, quand même ! Le problème se situe précisément à ce niveau-là. Et ce n’est pas avec 10 jours de télé en moins qu’il va se résoudre de lui-même. Je me souviens que (en mode vieux con, again…), au primaire, quand les « Grosses Têtes » passaient encore à la télé – et j’adorais ça – mais que j’avais école le lendemain, mes tortionnaires de parents me disaient d’aller au lit. Point. Résigné, j’écoutai quand même les vannes graveleuses d’Amanda Lear, de Castelli et de Guy Montagné du haut des escaliers, mais chut faut pas leur dire. Et je n’avais pas la télé dans ma chambre ! Un autre problème que les jeunes collégiens d’aujourd’hui semblent trouver absolument normal, en plus d’être entourés de toute une collection de consoles de jeu… C’est les parents qu’on devrait baffer, avant leurs enfants. Odieux Connard en parle si bien !.
Passons sur l’encart rempli de statistiques alarmistes qui feraient passer l’explosion de Fukushima pour un pet de nonne, et zieutons la colonne de gauche. Il s’agit d’une colonne publicitaire destinée à vendre des livres en rapport avec le thème du jour. Je vous remets juste en mémoire une phrase précédemment citée : « Les pubs (…) nous farcissent la tête de fausses idées. »

** Il est important d’apprendre à lire très tôt… **
Nous avons là des livres destinés à un très jeune public (7-9 ans), et un troisième « tout public » sur lequel je ne m’attarderai pas tellement l’accroche est absurde de connerie. Avalanche de clichés qui ont la vie dure. « Le livre qui fait aimer les livres même à ceux qui n’aiment pas lire ». Bon… je peux concevoir qu’on n’aime pas lire des pavés de 800 pages ou plus. Pourtant, les médias nous ont prouvé le contraire en nous abreuvant de reportages de prépubères glorifiant le dernier Harry Potter, et se vantant de l’avoir lu dans la nuit. Alors tenter de vendre un bouquin parce qu’il est, je cite « écrit très gros » et « bourré de dessins », c’est un peu se foutre de la gueule du monde. Qui a commencé à leur mettre dans la tête que des gros caractères et des dessins une page sur deux allaient les amener à aimer plus tard la vraie lecture ? Par exemple celle des romans écrits volontairement petit où la seule image présente est celle du code-barre sur la quatrième de couverture…
De plus, ce même livre « se dévore en un rien de temps (sans faire grossir) ». Pardon chère rédactrice, j’insiste, vous-même nous disiez plus tôt que les pubs nous farcissaient la tête de fausses idées ! Message subliminal impliquant les slogans des 5 fruits et légumes par jour, et du célèbre manger-bouger qui se dégage de cette accroche fumeuse… Quitte à ne pas vouloir que nos chères têtes blondes se vautrent devant des pubs télé débiles, autant ne pas reprendre leurs clichés par écrit, merci.
Le livre du milieu se présente sous forme d’un mini-recueil de lettres écrites par des animaux. Pourquoi pas. Mais « le renard qui demande la main d’une délicieuse poulette à sa mère, la fourmi un peu racaille qui décide d’envoyer bouler le boulot, l’escargot qui en bave pour une ingrate limace ou les dénonciations désopilantes du corbeau aux poulets »… les thèmes abordés sont loin des préoccupations d’écoliers ou de collégiens ! Je suis tout à fait d’avis qu’on parle avec un enfant en lui expliquant les choses comme on parlerait avec un plus vieux, mais de là à leur imposer des thèmes de société comme les racailles, les poulets, le boulot… non !
Oui le monde est ainsi fait, et pour en revenir au rôle qu’occupent les parents au milieu de tout ça, je vais moi-même verser dans un nouveau cliché avec ce qui suit… car il n’est pas étonnant qu’à force d’habituer les enfants à de telles informations, ceux qui auront encore le droit d’allumer leur télé pendant ces 10 jours entendront aux infos qu’une jeune fille de 14 ans a été violée par une bande de petits salopards du même âge qui en ont profité pour filmer avec leurs portables, sous le regard impuissant des passants ! Voilà où ça mène de plonger trop vite les enfants dans le monde des adultes, même à coups de bouquins dans la gueule prétendument éducatifs. Ils voient, ils reproduisent. Et pas toujours les bonnes choses, malheureusement.
Allez, finissons-en sur une note plus positive. Non, je déconne… J’ai gardé pour la fin les « 15 bonnes raisons d’éteindre la télé » selon les DNA. Selon quel sondage ou enquête et auprès de qui, j’en sais foutre rien. Mais gardons à l’esprit qu’il est destiné à de jeunes écoliers et collégiens…
- ça permet de partager plus de choses en famille.
- ça supprime les disputes sur ce qu’on regarde.
- ça améliore la qualité de ton sommeil.
- ça te fait faire moins de cauchemars.
- ça t’évite de subir trop d’images violentes.
- ça te rend plus agréable à vivre et capable de fixer ton attention.
- ça te rend ta curiosité et ton envie d’apprendre.
- ça développe ton vocabulaire.
- ça améliore tes notes à l’école sans que tu aies l’impression de travailler plus.
- ça développe ton imagination.
- ça te donne l’habitude de t’occuper par toi-même, de développer tes qualités, un don, une passion.
- ça te permet de t’ennuyer un peu, ce qui est indispensable pour ton cerveau (il en profite pour mettre à jour tes fichiers internes !).
- ça te donne moins envie de grignoter, de manger sucré et gras.
- ça te pousse à prendre à l’air, à faire du sport, et ton corps en a besoin.
- ça t’enlève l’envie d’acheter des produits vus dans les pubs ou sur tes stars préférées.
Je n’en vois que deux de valables, et vous ?
La véritable expérience à tenter serait d’interdire télé, ordi, consoles de jeu, smartphones, tablettes, et radio (non, pas la radio !) aux adultes. Pendant 10 jours, si vous voulez. Pour voir comment ils se débrouillent, revenus à l’âge de pierre sans leur dose quotidienne d’électronique. Qui à mon sens, a pris une part beaucoup plus importante chez les adultes que chez les jeunes… J’dis ça, j’dis rien.