On commence par une citation du spectacle de Dany Boon, « Waïka », qui nous dit « S’il y a bien un endroit sur Terre où ça bouge pas, c’est la Poste ! » Et il a pas tort. Bon, on ne va pas refaire ici le descriptif de la poste de Bergues, on a assez entendu parler des Ch’tis. Voyez plutôt sur ChtiNN.com pour ceux qui ne peuvent plus s’en passer.
Retour en Alsace, à la Poste, près de chez moi. Quand il faut aller poster une lettre, t’as déjà peur du temps que ça va prendre. Ces derniers temps, il a fallu que j’aille faire peser quelques enveloppes pleines, format A5 (une demi A4, donc). Ah à propos, bande de geeks qui ne jurez que par les e-mails : combien d’entre vous sont capables de me dire exactement la valeur faciale d’un timbre poste tarif « lettre », 20g, là tout de suite, sans aller sur le site web de la Poste ? Ouais pareil, moi non plus. Pourtant j’en ai collectionnés, des timbres, jusqu’à ce que les albums grand format m’envahissent. Bon, je vous l’annonce, aux dernières nouvelles ça fait 55 cents.
Je vais donc pour faire peser mes dizaines de lettres sous le bras – oui quand j’écris, moi j’écris – et vu que je n’ai aucun timbre, ils devront m’en ajouter sur les enveloppes au guichet. Forcément. On peut aussi essayer la technique qui consiste à inverser la place du destinataire et de l’expéditeur sur l’enveloppe… Et ne pas mettre de timbre. Ce qui aura pour effet d’amener la lettre à l’adresse écrite au dos de l’enveloppe, un « retour à l’envoyeur », qui n’est autre que votre destinataire ! Vous suivez ? Pas con, Gaston. Mais si votre dulcinée vous gifle à votre prochain rendez-vous, c’est peut-être parce qu’elle aura dû payer de sa poche le timbre que vous avez « oublié » de coller, en plus d’une amende forfaitaire pour non affranchissement au tarif en vigueur. Sympa, la lettre d’amour.
Bref c’est hors-sujet. Donc me voilà entré dans le local de la Poste, 20m². Aux heures de pointe, si de l’extérieur tu vois qu’il fait sombre à l’intérieur, ce n’est pas qu’EDF leur a coupé le jus, c’est juste que c’est plein de monde. Genre 15 personnes en même temps… pour 2 guichets. Sur ces 2 guichets, il y en a un d’ouvert, voire un et demi en période de forte affluence. Et s’il n’y a pas la queue, c’est que c’est fermé. Mais une fois que c’est à ton tour…
Nous n’avons pas la chance d’avoir une séparation vitrée complète avec juste la petite fente pour faire passer les colis et donc le micro superbement calibré de la Poste d’une grande ville qui te permet de t’imaginer au McDo en train de passer ta commande, genre « Wouipffrtz feudjfjndf keûah ? » et où tu réponds gaiment « Oui avec une grande frite ! ». Non, entre gens civilisés, nous pouvons nous postillonner au visage sans ces vitres si impersonnelles…
C’est ton tour. « Bonjour c’est pourquoi ? » Réprimons une forte envie de répondre que c’est pour faire un tennis, connard. Et sourions. Bonjour, je viens faire peser ces lettres, vu que je n’ai pas de timbres à la maison, et même si j’en avais je ne saurais pas plus combien en coller sur toute la surface de l’enveloppe, tel un album d’images Panini… Il grommelle, me prend les enveloppes, et les installe consciencieusement sur sa balance qui mesure au picogramme près. Une mouche chierait sur ton enveloppe à ce moment précis que tu devrais payer un centime d’euro supplémentaire…
5 minutes plus tard, il soupire, reprend les enveloppes une à une pour y coller les timbres. Qu’il n’a pas sous la main, évidemment, ils sont dans l’armoire derrière lui. Tous les clients le savent, sauf lui apparemment. 20 ans de boutique… C’est à ce moment précis qu’il me demande « Ce sera tout ? » l’air de dire pitié laisse-moi souffler j’ai trop bossé là. Une chance que je ne lui aie pas demandé un envoi en recommandé avec accusé de réception, ça l’aurait tué de rajouter les bandes « lettre » sur le verso et de me tendre le carnet de signatures. J’aime ma Poste, mais je préfère de loin ses postières, plus souriantes et qui ne chouinent pas quand tu leur tends un billet de 20 euros pour un envoi de 88 centimes en prétextant que tu n’as pas de monnaie…
PS : je n’ai jamais fait le coup des 20 euros, c’était juste pour l’aspect comique de la scène. Moins comique pour la guichetière, je sais…
Suite de mon spoiler du Dialogue dans le Noir… Aujourd’hui, les Guides du parcours.
Ils ont été embauchés spécialement pour cette exposition pour leur acuité visuelle réduite, et leur expérience de ce « handicap »… Si vous venez tester le parcours, par curiosité ou par envie, vous aurez affaire à plusieurs types de personnes…
- Les guides qui voient « normalement », comme vous et moi. Quoique je porte des lunettes, donc si vous avez 10/10 voire plus à chaque oeil sans correction, tant mieux pour vous.
- Les guides qui sont nés aveugles, et donc n’ont jamais perçu le monde qui nous entoure de la même manière que les voyants (rien à voir avec Mme Soleil, hein).
- Les guides qui sont devenus aveugles, suite à un accident par exemple, ou une maladie qui a évolué malheureusement en ce sens.
- Les guides qui voient très peu suite à une maladie de l’oeil, mais ne sont pas aveugles pour autant.
Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques et vous faire un traité d’ophtalmologie, je ne suis pas là pour ça et j’en serais bien incapable (quoique, j’en ai mangé, de la doc là-dessus). Et je ne vais pas non plus prendre des pincettes et appeler un aveugle un « non-voyant » et quelqu’un qui voit mal un « malvoyant ». Le politiquement correct me sort parfois par les trous de nez et la diplomatie est par moments plus gênante que le franc parler, à vrai dire. Et lorsque les Guides vous disent qu’ils s’en fichent aussi, alors là inutile de prendre des gants, restons naturels !
Il leur manque peut-être tout ou partie d’un de nos 5 sens, la vue, ça n’en fait pas moins des gens tout-à-fait respectables, et capables des mêmes choses que nous, voire plus. Bien plus que de la sympathie, j’ai un énorme respect pour les aveugles.
A défaut de voir, ils vous entendent arriver de loin, ils vous sentent, et ce sont des êtres très tactiles. Lors des premiers contacts, ce côté tactile peut paraître très surprenant, justement. D’autant plus quand une guide qu’on adore vous accueille dans le Cocon à chaque fois en vous serrant fort dans ses bras. Agathe, si un jour tu me lis !
** soyez pas jaloux, les autres, voyons… **
Testons-les… Tu viens vers eux, sans rien dire. Tu souris, ils ne t’ont pas vu. Haha. Tu passes à côté, toujours en silence, en espérant esquiver le dialogue. Et là… « Marchiavel, tu fais quoi ? » Non seulement ils m’entendent arriver, mais ils sont capables de me reconnaître par mon odeur – on en a tous une – mais aussi par mes déplacements dans l’espace. Ils ont une « vision » totalement différente des voyants, qui est à mon avis bien plus précise qu’on ne le croit. De vrais sonars ambulants. Une image mentale, qu’on appelle ça. Et contrairement à tous ces films larmoyants, je ne me suis encore jamais fait tripoter le visage par une « malvoyante » pour qu’elle puisse me voir… Euh, hé attends une minute là… Agathe, viens ici !
Plus sérieusement, comment ils font ? Dans la rue, ils se guident principalement aux sons. Les voix et les bruits que vous entendez en traversant certains passages piétons, c’est pas juste pour le fun. Et les malvoyants ont à leur disposition une armada de matériel spécifique, allant des loupes grossissantes aux dispositifs de reconnaissance vocale, claviers virtuels, dispositifs de lecture ligne par ligne Braille, etc. Assez impressionnant à voir fonctionner quand on n’a pas l’habitude. L’informatique leur a grandement facilité les choses, et c’est très bien.
Depuis que je cotoie des aveugles, et de mon point de vue d’intégrateur web, je ne vois plus du tout les critères d’accessibilité des sites web de la même façon. Pour les développeurs, c’est un gadget chiant à coder, pour eux c’est un gadget dont ils ont finalement bien besoin.
Et tant que j’y suis, ne ratez pas le spectacle « Louis, l’enfant de lumière » depuis le 8 juillet jusqu’au 26 juillet prochain dans l’Auditorium, l’histoire de Louis Braille.
Suite aux expositions permanentes, je vous présente ici les expositions temporaires, qui comme leur nom l’indique, sont… temporaires.
Je commence avec le concept « 1, 2, 3, couleurs ! » qui consiste à reconnaître une couleur dans l’obscurité, en développant ses autres sens et son imagination, en fonction d’odeurs, d’arômes, de textures et d’ambiances sonores. Genre je tripote un objet et je peux dire qu’il est vert. C’est pas bête du tout. Tout un programme…
Autre activité à tester ne serait-ce qu’une fois, pour délirer, Dîner dans le noir. A essayer du 21 juin 2008 au 31 août 2008, les deux premiers vendredis de chaque mois, de 19h à 22h. Pour 55 euros. Certes, c’est cher (quoique, tout est relatif). Mais ça vaut le coup. Ne vous est-il jamais arrivé d’avoir une panne de courant, et comme par hasard plus de bougies sous la main en plein milieu du dîner ? Là, c’est pareil, sauf que c’est voulu, et vous ne pourrez pas vous éclairer à la lueur de vos portables… Noir, c’est noir il n’y a plus d’espoir. Et sincèrement, pour l’avoir vécu de l’intérieur en compagnie de clients affamés et curieux, personne n’a été déçu. Surtout que le repas était copieux, et haut de gamme.
Mais l’activité qui fait fureur depuis le 22 avril déjà (et qui se finira malheureusement le 8 mars 2009, sauf prolongation, on ne sait jamais) s’intitule « Dialogue dans le noir », ou « DDN » pour les intimes. Il s’agit là d’un concept créé en 1988 en Allemagne par le Dr Andreas Heinecke, pour rapprocher les visiteurs du monde du handicap visuel. Au Vaisseau, vous aurez affaire à un espace de 500 m² dont 400 m² à traverser dans le noir ab-so-lu.
Munis de votre billet, seul, en couple, ou avec toute votre classe, vous pénétrez dans une zone sombre, avec un éclairage volontairement minimaliste. Des guides non-voyants (ou malvoyants, nous verrons ça dans un prochain article) vous accueillent dans le « Cocon ». Devant vous, d’étranges caisses noires montées sur tables. A votre gauche, un coin audiovision avec des casques et un grand écran. Et au fond, évidemment, l’atelier Braille.
Pour vous préparer à l’obscurité, un Passeur vous accueillera par groupes de 8 et vous expliquera les bases du comportement que vous devrez adopter une fois dans le noir. Ne croyez pas que c’est évident, c’est toute une gymnastique mentale. Les Passeurs et les Guides ne voient pas, ou plus, ou très peu. Ils s’y sont habitués. Vous, vous devrez vous passer du seul sens dont vous vous serviez en permanence sans même vous en rendre compte…
Il passera le relais à un Guide qui sera votre seul espoir de survie pendant près d’une heure dans le noir complet… Bon ok, je dramatise, c’est pas Koh-Lanta. C’est bien mieux ! Pendant une heure qui va vous sembler une éternité, vous écouterez le guide, une main collée à votre canne et l’autre à tenter de rester scotchés aux murs pour ne surtout pas vous perdre. Vous traverserez 5 salles simulant des univers du quotidien grâce aux objets, sons et odeurs : une forêt, un bateau, un marché, une ville, pour finir dans un bar.
Dans ce bar, vous pourrez commander à boire ou à manger, mais ne tentez pas d’arnaquer le Barman avec vos jetons de supermarché ou des faux billets, ils ont les moyens de vous faire parler de vérifier tout ça, même dans l’obscurité !
Et vous finirez la visite dans l’espace du « Ressenti », pour discuter avec le Guide et lui livrer vos impressions. Attention toutefois à ne pas se précipiter sur la sortie dès que vous apercevez le premier rayon de lumière, allez y progressivement, ça peut être très violent pour les yeux.
En tant que technicos, j’ai dû rechercher tous les trous dans le bâti qui pouvaient laisser entrer le moindre rayon de lumière – ce qui gâcherait tout évidemment -, régler des problèmes mineurs de sonorisation (parce que mine de rien, comme on dit « Y’a du matos là d’dans ! »), et rechercher à la hâte des gens mal à l’aise au bout de plusieurs virages sombres. Et je peux vous affirmer que, de m’être faufilé parfois au milieu des groupes de visiteurs pour écouter leurs réactions à chaud, un tel parcours rend les gens… humbles. Sauf évidemment les sales gosses qui ne pensent qu’à une chose, trouver la sortie le plus vite possible à peine rentrés dans le sas, m’enfin… Ca calme les gens, ça les rend plus respectueux des autres, je trouve.