Une liste d’articles attend dans un dossier. Certains très à la bourre seront fatalement antidatés. Fichier texte ouvert sur le vide, curseur qui clignote. Beaucoup de choses à raconter, mais l’inspiration est partie prendre l’air. Une phrase arrive. Le temps de penser à l’écrire, le début s’est évanoui. Des idées qui fusent, chacune écrasant la précédente. Impossible de retranscrire le tout, malgré des doigts pianotant si vite que même la faune installée sous les touches lève le camp. Retour arrière. Tant pis.
Ecrire, oui. Encore faut-il avoir envie de dire quelque chose…
Il m’est déjà arrivé plusieurs fois, ce fameux syndrôme de la page blanche. Ou « leucosélophobie », si vous préférez. Wikipédia (pour une fois on ne fouille pas trop loin…) a cette définition fantastique : « Ce phénomène peut être dû à la volonté tellement grande de faire une oeuvre parfaite, que toute idée qui vient à l’esprit de l’auteur lui paraît systématiquement mauvaise, de telle sorte qu’il devient alors impossible pour lui de débuter ou de compléter son oeuvre. »
C’est tout moi. Un perfectionniste. Un « dépfeleschisser », comme on dit ici. Littéralement chieur de petits points. Oui, en Alsace on aime les expressions imagées… Peu importe la situation, je préfère recommencer trois fois pour arriver à un bon résultat plutôt que de bâcler un truc, quitte à laisser de bonnes idées en attente. Et ne comptez pas sur moi pour utiliser cette écriture automatique sans queue ni tête : imaginez plutôt combien mes articles ont été remaniés pour en arriver à ce que vous lisez là…
Comme dirait l’autre, c’est peut-être un détail pour vous… mais si je vous laisse sur votre faim depuis quelques temps, ce n’est pas qu’une question de page blanche. Je cherchais à changer le thème de ce blog, mais même en trouvant le graal qui se décline aussi en version mobile, j’ai laissé tomber : vouloir lire mes posts à rallonge en scrollant sur une dalle de 10 cm est une pure folie… Et j’en arrivais toujours à la même conclusion : vu le temps passé dessus, ce thème est déjà parfait. Concentrons-nous sur le texte.
Oh, parenthèse à propos posts interminables et web nomade : je ne me plierai jamais à cet exercice qui consiste à écrire moins pour impacter plus. Oui, avec Facebook ça passe, bla bla. Pas pareil. Croyez-moi, j’allège assez ce que j’écris ici pour éviter de vous perdre en chemin. Pourquoi j’amputerais mes phrases ? Pour vous éviter un claquage de synapses ? Imaginez si on avait dit à Dumas « 800 pages pour trois Mousquetaires ? Les gens achèteront jamais… réduis à 200, déconne pas ! »
Bref, refermons cette parenthèse. Si ce blog n’a pas connu de nouveaux articles depuis fin janvier, ce n’est pas uniquement à cause de mon envie soudaine de changer le décor, mais surtout parce que je ne voyais plus d’intérêt immédiat à raconter ma vie en long en large en travers petite soeur sur le net. Et ça n’est pas la faute aux réseaux sociaux… Je me souviens de ces années où, au moindre truc, je sautais sur mon blog pour tout raconter. A qui ? Peu importe. Pourquoi ? Je me le demande encore.
Je pourrais vous raconter l’achat avorté de ma dernière imprimante qui m’a fait détester ma marque favorite… Je pourrais me vanter de connaître les plus belles filles d’Alsace et publier nos meilleures photos… Je pourrais vous dire combien les débats politiques et les infos me sortent par tous les trous ces derniers temps… Je pourrais parler de mon envie folle de posséder une Clio 3 RS Gordini… Je pourrais faire un article sur les fêtes de Pâques façon Odieux Connard… J’en ai encore tellement en stock… Mais.
Sept ans après mon premier article, les choses ont changé. Mon écriture a évolué, mon public aussi. Dire « mon public », trop prétentieux ? Hého, Jacques Cheminade a bien des ambitions présidentielles et personne ne sait d’où il sort… Mais je m’égare. Où je voulais en venir, moi ? Ah voilà. Manquer d’inspiration, c’est une chose. En avoir, c’est prendre le risque de donner son opinion. C’est gérer les commentaires qui suivent.
Certains seront du même avis, d’autres non. Et ces derniers le feront savoir plus ou moins poliment… Quoi que j’écrive. Jusque là c’est normal, paraît qu’on appelle ça la liberté d’expression. Bien que certains devraient vraiment prendre la liberté de la fermer. Sinon un simple clic suffit, qui décide si une réaction mérite ou non qu’on s’y attarde : c’est ça, la censure marchiavélique.
