L’orthographe, la grammaire et moi, on est très copains. Alors, pensez donc, voir un tel massacre de la langue française autour de moi est devenu insupportable… Il faut que ça sorte, il faut que j’en parle, sinon je sens que je vais massacrer des gens à coups de Bescherelle et de dictionnaire illustré dans la tronche !

Et ça n’est pas le tournoi d’orthographe 2011 organisé sur France 3 le 13 juin dernier qui va changer la donne. Même si savoir épeler des mots est la base de tout, peu importe ce qui se fait de nos jours en télévision pour prétendre redonner aux gens cette aisance dans l’écriture visiblement perdue (euphémisme, je n’ai pas peur d’affirmer que plus de la moitié de mes contacts facebook écrivent commme des sagouins, oui même toi, là…), rien n’arrivera jamais à la cheville des bons vieux Dicos d’Or de Pivot.

Ah, j’en ai parcouru des cartes postales, des notices d’utilisation, des manuels, des publicités. Des mails, des blogs, des forums, des tas de sites web. A l’affût de la moindre faute de frappe, du moindre pluriel manquant ou rajouté, de la virgule mal placée, de mots écrits phonétiquement, de mauvaises conjugaisons, du texte écrit à la sauce sms, des abréviations à la mode façon « tmtc », des loleurs, etc. C’est une catastrophe, la France a réellement besoin d’une armée !

Mais pas pour aller se faire plomber le cul au Moyen-Orient, non… Une armée de relecteurs et de correcteurs, soutien logistique nécessaire à tous nos professeurs de français dépassés par la flemmingite aiguë de leurs élèves, tout comme un soldat de l’armée française avec ses 15 kilos de matos sur son dos est dépassé face au Taliban en robe de chambre et en claquettes qui tire à vue avec son fusil…

Il est temps de recadrer tous ces scribes au rabais. Qui n’a jamais été confronté à « comme même », « dilemne », « pallier à », « parmis », « ceuillir », et j’en passe ? C’est affolant. Pas seulement de constater ces fautes, mais d’écouter les justifications de ces terroristes sans aucune gêne qui accusent le temps, ou leur clavier, d’être les seuls responsables ! C’est vrai qu’écrire des choses sur internet doit se faire dans l’urgence, comme si se relire quelques secondes de plus allait leur coûter un rein… Et si les accents viennent à manquer et que les lettres se mélangent, n’oublions pas que c’est forcément la faute du clavier parce qu’il « est pas Azerty » (notez cette catégorie de personnes qui sait différencier un clavier Azerty d’un autre)… Mais la pédagogie n’y changera rien, ces gens-là sont bornés, et persuadés d’être de bonne foi quand ils vous écrivent dans ce français apocalyptique qui leur est propre.

Doc Brown
** Regardez, Doc ! Encore une faute ! Elle a pourtant été interdite en 2052 ! **

Oui, je suis un emmerdeur. Je repère les cons fautes à des kilomètres, c’est inné. Je n’hésite plus à critiquer votre façon d’écrire, et croyez-moi ça ne peut vous faire que du bien ! Même si en retour je ne récolte que du mépris et des insultes, si vous saviez comme je m’en contrefous : ce n’est pas de mon écriture qu’on se moquera plus tard, la mienne va bien, merci… Et puis, j’avoue que, tel un Navarron, je prends un plaisir sadique à vous saoûler. Pour vous contraindre à utiliser plus souvent ce dictionnaire qui vous fait si peur, avant de publier vos torchons votre prose, atteignant trop souvent ce seuil d’erreurs désespérantes qui piquent sévèrement les yeux. Parfois même, je vous obligerai à ouvrir un Bescherelle. Pour la forme.

Bon, de là à affirmer que je ne fais aucune faute, ce serait prétentieux. Tout comme Kate Middleton, je ne peux pas toujours être au top, il m’arrive aussi d’être comme vous ! Je suis sûr que quelques-uns parmi vous font déjà le tour de ce blog pour déceler la plus petite faute d’accord et me l’afficher sous les yeux. Je sais qu’il y en a… Mais ma modestie légendaire vous rappelle que j’écrirai toujours mieux que vous, sinon je ne me permettrai pas toutes ces critiques. Vous le savez. Et ça vous emmerde, sinon vous ne râleriez pas plus fort que moi dès que je vous incite à effacer toutes vos tentatives de chaque jour réinventer l’Espéranto !

Vraiment, les seules fautes que j’arrive encore à tolérer sans grimace dans des textes d’auteurs prétendument de langue maternelle française, ce sont les mauvais accords du participe passé des verbes pronominaux. Tout simplement parce que moi-même je fais tout pour en utiliser le moins possible, aucune honte à l’avouer. A cause de ces exceptions à la noix qui gâchent un peu le plaisir, je dois très souvent tourner mes phrases différemment, et ce paragraphe n’aura pas échappé à cette règle tant il a été réécrit… Mais pour le reste, je mitraille. Tolérance Zéro.

« Vous en avez assez hein ? Vous en avez assez de cette bande de racailles… Ben on va vous en débarrasser. »

Le cas Perec…

Je crois bien que j’ai raté ma vocation : correcteur orthographique. Parce que j’aime vous infliger mes corrections ! L’exemple le plus flagrant, que j’ai envie de dénoncer depuis des années (même si vous vous en foutez et que d’autres ont dénoncé avant moi, ça va juste m’ôter un poids monstre !) : le roman de Georges Perec, « La Disparition ». Censé être écrit sans la moindre lettre « e ». C’est déjà un exploit, mais… une simple recherche Google pour en trouver quelques extraits, et je lève la supercherie. De site en site, un copier-coller qui a été relayé avec une force hallucinante, sans que personne ne l’ait remarqué… Lisez ça, c’est un des morceaux que tout le monde fournit sans sourciller :

« (…) Ton pavillon auditif, un cardium, un naissain, un circinal volubilis dont j’irai suivant la circonvolution, Ton cil, la vibration d’un clin, la nictation d’un instant, Ton sourcil, l’arc triomphal sous qui j’irai m’abymant au plus profond du puits de ton cristallin noir, (…) »

Stop ! DE ton cristallin noir. Ah. Donc, vous disiez ? Un livre qui casse les « e » ?

Bah non. En lisant à pleine vitesse, ça ne m’avait pas choqué non plus, mais voilà. Déjà que ce texte n’est pas spécialement digeste, mon esprit de contradiction a cherché la lettre « e », et hop miracle. Faire une confiance aveugle aux sites que me renvoie un moteur de recherche n’est décidément pas au programme… Et de l’aveu même de l’auteur, il y en aurait plusieurs cachés dans le bouquin… Il est temps que je prenne ce livre entre les mains pour en avoir le coeur net. Si c’est véridique, ça craint pour Perec, même s’il est mort depuis 1982 !

Le livrel…

Suite à mes recherches sur le net, j’ai découvert le mot « livrel », désignant un livre électronique… Ce mot émane de l’Office québécois de la langue française, et pourtant une amie qui habite là-bas n’a jamais entendu ce mot, malgré leur langage déjà assez fleuri, tabernacle ! Alors, autant je suis contre les anglicismes forcés et leur utilisation à outrance (je ne check pas ma inbox pour forwarder votre lolware, n’est-ce pas…), autant parfois il est bon d’arrêter les néologismes à la con.

Le « courriel » (d’origine québécoise lui aussi…) ne me glisse déjà pas en bouche, imaginez le « livrel », ou pire le « bouquel » : un « e-book » reste un e-book, point. Et voilà un autre néologisme geekesque francophile dérivé du courriel, le « pourriel » : au moins il est rigolo celui-là ! Par contre je n’ai encore jamais vu d’option « anti-pourriel » sur un antivirus, quel qu’il soit… Pour sûr, ça n’est pas très vendeur !

Au fil de mes discussions avec des contacts aux quatre coins du monde, ardents défenseurs du français eux aussi (oui, ça existe encore !), je constate que le point de vue est le même sur les néologismes : conserver le nom dans la langue d’origine, et ne créer un équivalent français distinct du nom d’origine que si son usage ne frise pas le ridicule. Et il faut dire que pour l’instant les noms « courriel » et « mèl » ne font pas l’unanimité !

Pourtant, le mot courriel est utilisé couramment dans les administrations françaises depuis… 2003. Ouaip. Mais entre courriel et courrier, une faute de frappe, et hop… Voire une faute de prononciation, les dyslexiques étant de plus en plus nombreux. « On fait ça par courriel, euh, courrier j’veux dire ? » Voilà comment, en 3 secondes, on peut créer de magnifiques quiproquos. Alors qu’entre un courrier et un mail, l’usage qu’on en fait est clair. Et « mèl »… au secours, le summum. Bientôt on s’enverra des meules !

Mes Beuglantes…

Un petit tour sur le web plus tard, je vous propose 4 moments qui m’ont fait avoir une attaque cardiaque. Les commentaires en rouge sont de moi, vous l’aurez deviné… Les terroristes de l’orthographe sont partout, et depuis, j’ai peur de lire. Commençons. Consultant les programmes télé sur le net, j’ai voulu participer à une discussion à propos d’une série, quand je suis tombé sur ça. J’espère vraiment qu’ils ne l’ont pas embauché, parce que dans le genre foutage de gueule…

Forum programme.tv

Peu avant que DSK ne plaide non coupable, TF1 faisait une magnifique Une sur son site web, et publiait cette image. Avec la légende qui va bien. Une bourde discrète si on oublie que des milliers d’internautes ont pu voir cette faute, et ont certainement eu la même réaction que moi, entre deux éclats de rire. Bourde corrigée en direct, deux minutes plus tard, suite à mon râle d’agonie. Mais… dommage les mecs, j’ai une capture d’écran.

DSK sur TF1.fr

Les Actualités Google ne sont pas en reste, puisque leurs sources commettent aussi de belles bourdes avant publication. TF1 n’est ici qu’une victime collatérale, mais encore une fois, le relecteur de service devait être devant la machine à café…

TF1 Vision

Je reçois dans la foulée une Newsletter de Bitdefender, dont les images sont bloquées par l’antivirus en question sur ma machine, révélant donc le texte alternatif qui s’affiche en lieu et place de ces images. Argh… allô, le service localisation ? Sucrez les primes de l’équipe française pour les punir, c’est urgent. Si la génération kikoolol prend le pouvoir chez vous, je change de crèmerie !

Newsletter Bitdefender

Et je dénonce : Yann Barthès s’inspire de Marchiavel pour faire ses chroniques. Même s’il a très bien fait de dénoncer les bourdes orthographiques des scribes du site de l’Elysée. Dont certains discours corrigés à la va-vite après l’intervention choc de Yann montrent eux aussi quelques difficultés à différencier « ce » et « se »… Vive la France !

Dédicace…

Malgré tout, de la réforme orthographique de 1990, je m’aperçois que je m’en balance chaque jour un peu plus. Ces recommandations ne seront jamais respectées à la lettre, et franchement, je n’abuse pas non plus de ces constipations littéraires. Cette pseudo-réforme n’a eu lieu que pour plaire aux feignasses de la plume, oui ! Le jour où ils ont pondu ça, les Immortels devaient avoir fait tourner l’absinthe planquée sous le fauteuil 12 ! (Jean, si vous me lisez…)

Ma popularité grandissante allant de pair avec ma modestie marchiavélique, un ancien compagnon de cellule facultesque m’a même dédicacé un de ses articles. Un beau talent d’écriture. Je vous invite à lire (et vous avez intérêt à le lire) l’article du Père Carmody qui est juste fabuleux. C’est le genre de lectures qui met en joie mon Larousse Illustré 2006, qui redonnera toutes ses lettres de noblesse à l’expression « le poids des mots, le choc des photos ». « Schpountz94 » va enfin pouvoir réviser sa géographie devant son miroir, en étudiant les drapeaux violemment imprimés sur sa joue.

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