A l’origine, cet article devait être un véritable brûlot anti-religieux. Mais par peur – de qui, de quoi, je n’en sais foutre rien, après tout il y a des tarés à tous les coins de rue… – j’ai dû l’édulcorer un minimum pour épargner vos nerfs. Nous prétendrons donc que cette longue note a été pacifiée pour ménager vos pacemakers, dont la durée de vie est inversement proportionnelle à la violence de mes écrits.
C’est connu : la politique, comme la religion, a toujours été source d’emmerdements, mais Marchiavel n’est malheureusement pas homme à fermer sa gueule… Vos commentaires sont évidemment les bienvenus, mais vu ce que vous allez lire, je vois d’ici vos réactions. Libre à vous de vous défouler. Mais ménagez, vous aussi, mon pacemaker. Et par la même occasion mes yeux en vous relisant un minimum avant de poster, merci.
Petite précision géographique, je suis alsacien. En temps normal, vous auriez pu vous mettre cette information derrière l’oreille, mais dans un contexte purement religieux, c’est un détail qui prend une importance colossale. Dans un contexte historique aussi, en fait… Sans vous faire un cours d’Histoire approfondi, ce que les cartographes nomment Alsace aujourd’hui a tantôt été allemande, tantôt française, puis allemande à nouveau, re-française. Donc je mets les points sur les i à tous les « Français de l’intérieur » qui en douteraient encore en 2011 : l’Alsace est bien une région française. Même si on y parle un patois délicieux variant de village en village qui s’apparente fortement à l’allemand… Mais je dérape, là n’est pas le sujet.

** Grouillez-vous, je ne vais pas éternellement fendre les eaux du Rhin ! **
L’Alsace ayant eu deux nounous, elle a été bercée par des réglementations et articles de Loi émanant des deux côtés du Rhin. Avec des aménagements au niveau du Droit menant à, pour ne citer que lui, notre fameux Code Pénal Local, mais on va y revenir. Idem pour la Moselle, coucou à nos voisins lorrains au passage !
En 1801 – l’Alsace étant française – la team Bonaparte du Consulat a eu l’idée de faire signer le Concordat, qui, pour faire court, organisait les rapports entre les religions et l’Etat de 1801 jusqu’à 1905. Ce Concordat valable en Alsace-Moselle aussi, n’a pas été supprimé malgré les changements de camp qui ont suivi (l’annexion allemande en 1871, et les deux guerres mondiales). Il prévoyait (prévoit toujours, d’ailleurs…) que la religion soit enseignée à l’école ; que les prêtres, pasteurs et rabbins soient payés par l’Etat ; que les évêques de Metz et Strasbourg soient nommés par le Chef de l’Etat ; les présidents et membres des consistoires protestant et israélite par le Premier ministre ; et les ministres des trois cultes par le ministre de l’Intérieur. Pourquoi faire simple…
Et là vous allez me dire… mais… la France n’est-elle pas une République laïque, en clair qui sépare la religion et l’Etat ? Alors pourquoi c’est l’Etat qui nomme les chefs religieux et toute leur clique chez nous ?
La réponse est simple. La Loi de séparation des Eglises et de l’Etat a été signée en 1905 en France. Or, si vous suivez toujours, l’Alsace-Moselle s’en cogne, car elle faisait partie de l’Empire germanique à ce moment-là ! Et ce jusqu’en 1919, date à laquelle a été créé le Droit Local d’Alsace-Moselle, régime juridique qui fait sourire beaucoup de dentiers encore aujourd’hui, et pas uniquement grâce au régime local de la Sécu ! Pour éviter le copier-coller, je vous invite vraiment à lire l’article dédié sur Wikipédia.
Bien. Je parlais un peu plus haut de notre Code Pénal Local. Et puisque je vais enfin entrer dans le vif du sujet – la religion – je dois absolument citer 2 articles de ce code qui vont vous faire tomber de votre chaise, dispositions maintenues à titre provisoire depuis le décret du 25 novembre 1919 : le 166 relatif au blasphème, le 167 relatif aux troubles à l’exercice des cultes. Oui, le délit de blasphème, pourtant aboli en France en 1791 (la Révolution française est passée par là…) est toujours en vigueur en Alsace-Moselle !
L’article 166 dispose que « celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes, ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses, aura commis des actes injurieux et scandaleux, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus. »
L’article 167 dispose que « celui qui, par voie de fait ou menaces, aura empêché une personne d’exercer le culte d’une communauté religieuse établie dans l’Etat, ou qui, dans une église ou dans un autre lieu destiné à des assemblées religieuses, aura par tapage ou désordre volontairement empêché ou troublé le culte ou certaines cérémonies du culte d’une religion établie dans l’Etat, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus. »
Sympa le coup du blasphème. Risquer 3 ans de taule en Alsace-Moselle parce qu’on a osé chanter publiquement que « Dieu est un fumeur de gitanes »… Ou plus simplement parce qu’on oserait exprimer une opinion qui mettrait en doute les croyances infondées et absurdes de milliards de gens… Ma liberté d’expression s’arrêterait donc là où s’agenouillent tous les illuminés d’Alsace-Moselle ? L’Inquisition, c’est fini, les mecs ! Et il fallait bien un jour sur ce blog citer Coluche : « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison. »

** 7th Heaven… when I see their happy faces smiling back at me… **
Et dire que je connais ce générique par coeur… Ahem. J’en oublierais presque de vous présenter le religieux qui sommeille en moi : je suis Protestant. Je sais, ça vous la coupe. Lutherien, Confession d’Augsbourg, tout ça… Baptisé, confirmé.
Dès l’école primaire, nous avions des heures de religion au programme chaque semaine. D’abord des coloriages ou collages de scènes bibliques façon cahier Panini, histoire de nous amener progressivement à la lecture des textes qui leur correspondaient. Puis l’apprentissage chaque semaine d’un verset marquant de la Bible, que nous reprenions les uns après les autres en salle de classe pour bien montrer qu’on l’avait appris par coeur…
L’« école du mercredi » regroupait les jeunes protestants du village et leur faisait faire des activités en rapport avec la religion : films sur Adam et Eve, l’Ancien Testament, l’Arche de Noé, Moïse, la vie de Jésus, les Evangiles, l’Apocalypse, etc. Séances qui se finissaient systématiquement par un Notre Père articulé en vitesse pour que nous puissions enfin aller prendre l’air. En vérité je vous le dis : surtout pour revenir à la maison en courant se mettre devant la télé, quand Dorothée et ses dessins animés défilaient quasiment toute la journée… On n’avait pas internet.
Les périodes de fêtes chrétiennes comme Pâques ou Noël étaient alors synonymes de décoration de l’école, fête et culte à l’église, mais sans le passage à la Sainte Cène puisque nous étions trop jeunes (pas encore « confirmands ») pour laper le vin de la coupe et manger un bout de pain sec avec tous les vieux du quartier réunis dans les bancs devant nous…
Au collège, les cours de religion ont continué. Aucune étude poussive de la Bible, juste de la détente, un peu d’araméen, d’hébreu, et beaucoup de films religieux là aussi, avec une prof adorable qui me manquerait presque. L’école du mercredi quant à elle était devenue du « catéchisme », et les adultes qui gardaient les enfants bénévolement ont été remplacés par une seule personne, le Pasteur. Une femme agréable, sympathique, souriante, et toujours à l’écoute dont je garde un excellent souvenir.
C’est là qu’en général les catholiques (et d’autres religions, il n’y a pas qu’eux…) écarquillent les yeux, et poussent des cris horrifiés. Oui, on a des pasteurs femmes. Et c’est très bien comme ça. Et tenez-vous bien : un pasteur a le droit de se marier et de fonder sa propre famille. D’ailleurs, à ce jour, je n’ai encore jamais entendu le moindre scandale pédophile dans la sphère protestante. Les pasteurs ne se forcent pas à rester célibataires et abstinents toute leur vie comme les prêtres, sous prétexte qu’ils transmettent une parole divine, et tripotent au passage les enfants de choeur qui révèleront le tout en larmes face à la presse vingt ans plus tard. Voilà ce que ça donne de se serrer les couilles sous une robe en hurlant du latin à la messe au milieu d’effluves de patchouli. Cons de prêtres.
Ahem, j’en étais où ? Ah oui, le collège. Public, le collège. Pas comme ces établissements privés estampillés catholiques. Je croyais que la religion devait être séparée de l’éducation tout comme elle l’est de l’Etat (sauf Alsace-Moselle, bon…) ? Faudra qu’on m’explique comment de tels établissement existent sur le territoire français, malgré tous les documents anti-écoles privées confessionnelles qu’on trouve en cherchant bien…
Bref. En parallèle du collège, un Protestant se prépare donc à sa Confirmation, dans sa 14ème année. La Confirmation, c’est quoi ? Un acte solennel, le renouvellement ou l’approbation du baptême mais aussi un acte par lequel le confirmand (avec un D, merci !) s’engage publiquement à une vie chrétienne. Le Pasteur impose ses mains et donne sa bénédiction. Et pour finir, la confirmation marque l’admission du confirmand à la Sainte Cène.
Concrètement, maintenant. La « Retraite des confirmands » qu’on avait attendue comme le messie toute l’année pour nous préparer au rituel de la Confirmation s’était déroulée un peu comme une colonie de vacances, autant que je me souvienne pendant 2 jours et 2 nuits. La vérité : on a fait les cons toute la nuit, et je crois bien qu’une poignée de porte se souvient encore du passage de mes potes de chambrée… Il nous a également fallu préparer un papier à présenter oralement aux paroissiens présents la semaine avant le jour J – tellement surfait et pas crédible, mais passons – sur nos sentiments religieux, notre vie de famille, ce que représentait la confirmation pour nous, respirer un grand coup, remettre le micro en place et redescendre de la chaire du pasteur sans louper une marche… Ça valait bien une gorgée de vin !
Le jour J, effectivement, on se sent bien dans le premier costard-cravate de sa vie, adulé par sa grande famille présente pour l’occasion, occupant quasiment 4 rangs de l’église, et faisant des grimace pour tenter de nous faire rire pendant les chants, ou le moment solennel où je déblatérai par coeur avec mes camarades protestants des prières dont le Notre-Père, le Psaume 121 et tant d’autres que je pourrais vous réciter de mémoire sans aucune difficulté, 13 ans plus tard… Le genre de choses qui marquent une vie, quoi qu’on en dise… Tout comme le Psaume 23.6, mon verset de confirmation choisi par le Pasteur : « Oui, tous les jours de ma vie, ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas. Seigneur, je reviendrai dans ta maison aussi longtemps que je vivrai. »
La réalité sur ce jour J ? C’est le seul où j’ai fièrement réussi à réunir trois générations de mon arbre généalogique autour d’une bonne table, et où je m’étais fait près de 10.000 Francs en moins d’une heure. Epic. A ce moment-là, les considérations religieuses, hein…

** Alors, convaincue ? C’était pas du vin, c’est de l’eau ! **
Ce que je pense réellement de tout ça ? C’est tout un ensemble, qui jusqu’à mes 14 ans, forme de beaux souvenirs, de la camaraderie sous couvert d’enseignement religieux, et mine de rien un apprentissage d’une palette de valeurs, la distinction du bien et du mal, ce genre de concepts toujours utiles à savoir. Il y a du bon à tirer de toute chose. Et un peu de culture religieuse n’a jamais fait de mal pour briller en soirée, même si on ne croit pas un traître mot de ce tissu d’âneries qu’on a tenté de nous faire croire à coup de de transformation de bâton-serpent, d’arche de la dernière chance, de statue de sel, de multiplication des pains, de sprint sur l’eau, de buisson qui parle, de résurrection, de va siffler sur la colline voir si j’y suis…
Plus je vieillis, plus je deviens anticlérical et réfractaire à toutes ces balivernes religieuses, dont se servent les gouvernements pour justifier leurs attaques, et au nom desquelles ils prétendent se battre. Les guerres de religion, ça vous parle ? Mais mine de rien j’analyse toutes ces histoires. Qui a écrit tout ça, quand, quel contexte, et surtout dans quel but ? Je ne suis pas du genre à glorifier ce qui est écrit dans un livre traduit, retraduit, réédité, interprété, certainement censuré des centaines de fois depuis les manuscrits originaux pendant deux millénaires ou plus, et qui quand on le lit d’un bout à l’autre, n’a ni queue ni tête, pourtant vous donne très mal à la vôtre… même si les éditeurs de l’époque ont eu la bonne idée de rassembler ces morceaux de parchemin en commençant par la création du monde et en terminant par l’Apocalypse. Et non, Gutenberg n’y est pour rien… et le Vatican non plus. Quoique… vous croyez vraiment que le Vatican n’est qu’une baraque en forme de presse-citron remplie de mecs en toges qui prient et chantent toute la journée ? Sans croire les inepties du Da Vinci Code, on peut se poser des questions quand même…
Que dire ? La Bible ne se résume pas à 33 ans de Jizuzcraïst, hein. Qûmran, les rouleaux de la Mer Morte, etc. Documentez-vous, avant d’avaler ce que vous raconte le chef religieux de votre quartier, aussi respectable soit-il. Même si des fouilles archéologiques ont réussi à démontrer que certaines descriptions d’écrits à caractère religieux correspondent parfaitement à une actualité géologique (Wikipédia me dirait « référence nécessaire », bah non faudra me croire sur parole, la Bible ne fournit pas non plus de liens hypertextes et ça a l’air de marcher très fort…), pensez que tous ces écrits ont été griffonnés par des gens plus ou moins érudits, inspirés, et influencés par les dogmes religieux du moment et les pressions des gouvernants de leur temps cherchant à rassembler car ensemble, tout devient possible, en plus des hallucinations dues à la drogue en vogue, et du soleil qui devait taper très fort…
Je suis tellement hermétique à ce genre de discours à la mords-moi-le-noeud que personne ne m’a jamais fait gober qu’une puissance supérieure serait là pour moi, même si j’étais au fond du trou. Je ne crois que ce que je vois, comme dirait l’autre. Et c’est d’autant plus choquant quand une amie de fac qu’on croyait « normale » jusque là vous aborde à la sortie d’un cours et vous parle avec une effrayante conviction du pouvoir de bonté du Seigneur, avec ses grands yeux gourmands qui faisaient toute sa beauté, avant qu’elle ne les utilise pour tenter de convertir ses proches. Je vous mets au défi de faire revenir une telle personne à la raison. Mission impossible. Je n’ai jamais su qui l’avait attirée dans ce piège à cons, et pourtant je lui parle encore. Même chose pour des personnes dont la vie tourne principalement autour de Jésus suite à un lavage de cerveau dans les règles de l’art, et qui finissent systématiquement leurs phrases ou quittent une pièce sur un « Sois béni », « Jésus t’aime » ou « Loués soient les Oris »… Heu, quoique ça c’était dans Stargate SG-1, je m’égare. Des baffes !
Un tel gâchis me révolte et me désole à la fois. Certainement autant qu’un catholique qui va dans une cathédrale avec ce réflexe de touiller dans la bassine d’eau bénite à l’entrée, de s’en mettre sur le front en dessinant une croix, de marcher vers l’allée centrale pour faire une génuflexion et un signe de croix en direction de l’autel… Et si tu as le malheur de jurer trop fort « oh mon dieu », il te maudirait presque jusqu’à la 8ème génération… Des baffes !
Hein ? Non, je ne voulais pas parler des Jéhovas, mais puisqu’on me le demande… Ce qui me chiffonne chez les Jéhovas (je sais qu’on dit Témoins de, mais ça va plus vite), comme en fait chez toutes les autres religions à base de personnages clés omniscients, ou de puissances supérieures, ou sectes (et à la base, une religion EST une secte, quoi qu’on en dise) – rien qu’avec cette phrase je vais recevoir un paquet de mails pas gentils – c’est la connerie humaine qui est derrière, et la propension qu’ont les gens à se laisser berner par des histoires inventées de toute pièce, invérifiables, et qu’on continue de se passer de génération en génération comme si le monde allait s’arrêter de tourner si on ne le fait pas. J’espère bien que les Témoins, c’est pas comme le Mandarom ou le Temple Solaire. Manquerait plus qu’ils se suicident en bande. Qui nous annoncerait la prochaine fin des temps alors, nous mettant de bonne humeur toute la journée tellement on sait que c’est ridicule ?

** Bon, ils me l’ont pas demandé… Mais j’vous jure que c’est vrai ! **
Allez. J’ai tenu jusqu’ici sans parler Islam, minaret et burqa, j’en resterai là pour cet article… Du coup je vais vous en laisser un peu, pour commenter !
Pendant ce temps, je vais me préparer à la béatification de l’ancien Pape Jean-Paul II le 1er mai, pendant la cueillette du muguet en ce beau jour férié qui tombera… un dimanche.
Me préparer aussi à saigner des stigmates et des oreilles pendant longtemps, suite à la sortie du nouvel album de Spiritus Dei, qui est – excusez-moi du peu – tout sauf de la musique religieuse ! Sans déconner. A jeter, même l’Eurovision n’en voudrait pas !
Mais surtout, se préparer psychologiquement au mariage de l’année dont tout le monde se fout, mais dont tout le monde parle, et que tout le monde finira par regarder à la télé, pour baver devant les dorures de l’église anglicane et de tout le pognon dilapidé pour deux tourtereaux dont l’un est de descendance royale, et l’autre à en croire les tabloïds n’aurait qu’une sacrée descente…
Je vous laisse sur une citation d’un de mes livres de chevet, « Lettre ouverte aux culs-bénits », de François Cavanna (1994)