Suite de mon spoiler du Dialogue dans le Noir… Aujourd’hui, les Guides du parcours.
Ils ont été embauchés spécialement pour cette exposition pour leur acuité visuelle réduite, et leur expérience de ce « handicap »… Si vous venez tester le parcours, par curiosité ou par envie, vous aurez affaire à plusieurs types de personnes…
- Les guides qui voient « normalement », comme vous et moi. Quoique je porte des lunettes, donc si vous avez 10/10 voire plus à chaque oeil sans correction, tant mieux pour vous.
- Les guides qui sont nés aveugles, et donc n’ont jamais perçu le monde qui nous entoure de la même manière que les voyants (rien à voir avec Mme Soleil, hein).
- Les guides qui sont devenus aveugles, suite à un accident par exemple, ou une maladie qui a évolué malheureusement en ce sens.
- Les guides qui voient très peu suite à une maladie de l’oeil, mais ne sont pas aveugles pour autant.
Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques et vous faire un traité d’ophtalmologie, je ne suis pas là pour ça et j’en serais bien incapable (quoique, j’en ai mangé, de la doc là-dessus). Et je ne vais pas non plus prendre des pincettes et appeler un aveugle un « non-voyant » et quelqu’un qui voit mal un « malvoyant ». Le politiquement correct me sort parfois par les trous de nez et la diplomatie est par moments plus gênante que le franc parler, à vrai dire. Et lorsque les Guides vous disent qu’ils s’en fichent aussi, alors là inutile de prendre des gants, restons naturels !
Il leur manque peut-être tout ou partie d’un de nos 5 sens, la vue, ça n’en fait pas moins des gens tout-à-fait respectables, et capables des mêmes choses que nous, voire plus. Bien plus que de la sympathie, j’ai un énorme respect pour les aveugles.
A défaut de voir, ils vous entendent arriver de loin, ils vous sentent, et ce sont des êtres très tactiles. Lors des premiers contacts, ce côté tactile peut paraître très surprenant, justement. D’autant plus quand une guide qu’on adore vous accueille dans le Cocon à chaque fois en vous serrant fort dans ses bras. Agathe, si un jour tu me lis !
** soyez pas jaloux, les autres, voyons… **
Testons-les… Tu viens vers eux, sans rien dire. Tu souris, ils ne t’ont pas vu. Haha. Tu passes à côté, toujours en silence, en espérant esquiver le dialogue. Et là… « Marchiavel, tu fais quoi ? » Non seulement ils m’entendent arriver, mais ils sont capables de me reconnaître par mon odeur – on en a tous une – mais aussi par mes déplacements dans l’espace. Ils ont une « vision » totalement différente des voyants, qui est à mon avis bien plus précise qu’on ne le croit. De vrais sonars ambulants. Une image mentale, qu’on appelle ça. Et contrairement à tous ces films larmoyants, je ne me suis encore jamais fait tripoter le visage par une « malvoyante » pour qu’elle puisse me voir… Euh, hé attends une minute là… Agathe, viens ici !
Plus sérieusement, comment ils font ? Dans la rue, ils se guident principalement aux sons. Les voix et les bruits que vous entendez en traversant certains passages piétons, c’est pas juste pour le fun. Et les malvoyants ont à leur disposition une armada de matériel spécifique, allant des loupes grossissantes aux dispositifs de reconnaissance vocale, claviers virtuels, dispositifs de lecture ligne par ligne Braille, etc. Assez impressionnant à voir fonctionner quand on n’a pas l’habitude. L’informatique leur a grandement facilité les choses, et c’est très bien.
Depuis que je cotoie des aveugles, et de mon point de vue d’intégrateur web, je ne vois plus du tout les critères d’accessibilité des sites web de la même façon. Pour les développeurs, c’est un gadget chiant à coder, pour eux c’est un gadget dont ils ont finalement bien besoin.

Et tant que j’y suis, ne ratez pas le spectacle « Louis, l’enfant de lumière » depuis le 8 juillet jusqu’au 26 juillet prochain dans l’Auditorium, l’histoire de Louis Braille.
Mots-clefs :VSO
Articles (RSS)